Ce numéro de la chronique « La vie des mots », présenté par Frantzley Valbrun dans le journal La Ruche, vous propose cette semaine, un voyage dans l’univers du jeune poète et philosophe créoliste dématérialiste haïtien, James Francisque qui vient de publier un recueil de poème de haute intensité de lumière construit sous des signes fragiles.
C’est au dernier mois de l’année 2024 que James Francisque a pris la décision de nous faire voyager avec lui dans sa quête fragile de l’amour. Un voyage certes ouvert et controversé, mais assurément une aventure riche en promesses. Le recueil présente un texte unique, découpé en portions non titrées, puisque l’auteur, sans doute, n’a pas voulu interrompre le parcours de ce périple. Sur 79 pages, James Francisque explore l’amour sous ses différentes facettes : des thèmes de la vie à la spiritualité, de la civilisation à la philosophie, de la métaphysique à la biologie, du cosmos dans toute sa particularité. Jean Rony Cinéus a assuré la lecture qui a conduit à l’édition du recueil, et Andrémann Pierre en a réalisé l’illustration.
C’est dans le crépuscule du cosmos que l’on découvre Quête éperdue de l’amour, un cri poétique qui traduit l’envie d’harmonie et de bonheur ultime dans un jardin de liberté onto-cosmique. L’auteur, dans ses propos d’introduction, nous le dit en son propre langage. C’est avant tout un poème-prière cosmique, une compilation de sagesses pour illuminer la conscience. L’auteur tente, entre autres, par des réflexions artisanales sur des réalités sensibles et depuis le prisme de nos désirs emprisonnés, de nous offrir une clarté nouvelle dans nos jugements. L’expérience nous plonge dans le dynamisme d’une double dialectique : celle de l’être humain avec la nature, et de la nature avec l’être humain, sans cesse renouvelée.
Quête éperdue de l’amour est également une concoction d’émotions, de folies positives ; une effusion spectaculaire pluridisciplinaire transgressant nos pulsions. Difficile de comprendre et de cerner ce long poème sans se munir d’un regard affûté et d’une grille d’analyse organique et sémantique. Autrement dit, la lecture approfondie du texte n’est pas d’un accès simple et immédiat. C’est un voyage long, parfois étrange, que l’auteur a minutieusement préparé en débattant du concept d’un amour rétif et mystique sous toutes ses formes. Ce ne serait pas mentir que d’affirmer que James Francisque a pris un risque éternel. O poète, à quoi sert un risque qui ne risque pas ? Tout poème vaut la fragilité de son créateur !
James Francisque prête son souffle à ses maux ; risquons à notre tour son aventure en scrutant quelques lignes de son recueil :
« Je prends mon envol fragile comme une faïence
Hanté par le bing des cœurs endoloris
Le bang de l’humanité en détresse
Un envol vers une évolution de la raison
D’émotion sommation à servir la vérité
Je prends mon envol vers l’amour
Si un jour quelque part il se laisse attraper »
(Extrait : Quête éperdue de l’amour, p.10)
« Que d’énergie il me faudra revigorer
Les faibles lueurs du crépuscule
Marcher dans le centre des idées
Et crier le message à la face du monde
Je suis en quête de l’amour… pour l’amour du ciel »
(Extrait, p.11)
Ces deux fragments suivent, chacun à leur façon, la progression de l’autre. Retenons que, dans le premier extrait, l’auteur définit l’amour comme une énergie vitale et créatrice, déterminant la loi d’attraction de la vie. Par l’éclosion du cœur en rapport avec l’humanité, l’amour devient un refuge pour tout être en détresse. Le deuxième fragment se veut plus discret : l’auteur donne aux idées une place significative, une dimension de papillon : celle qui ne peut faillir ! Là où l’auteur conçoit l’amour comme une énergie révélatrice, qui transcende tous les codes générateurs. Pour James Francisque, le ciel n’est pas un simple élément ordinaire : c’est un espace hybride, destiné à accueillir l’âme sensible dans sa plénitude, pour son harmonie éternelle.
Nous savons que toute œuvre humaine souffre de manquements et de faiblesses. Ainsi, j’ai constaté que le texte présente une complexité hermétique susceptible de nuire à la compréhension de certains lecteurs. Est-ce à dire que l’avenir du poème est compromis ? En quelque sorte, l’opacité des lignes pourrait affecter l’engouement de ceux qui aimeraient prolonger le voyage que propose l’auteur.
En guise de conclusion, admirons ces extraits :
« J’annule mon exposant zéro
Il veut me voler l’essence de la vie
Et moi je joue à l’angle du possible
Fils de midi je cherche l’amour au zénith
Mon regard curieux passe au travers
Les jambes écartées du son nomade
Regard fantasmé suspendu
Tantôt à la queue du vent du Nord
Tantôt blotti dans les caresses du vent du Sud
Cet amour pourtant est vidé de son sens
J’embrasse le néant dans sa plénitude
D’un tout naturel élan
Sans pouvoir mesurer le poids de son fardeau
(Extrait : Quête éperdue de l’amour, p.20)
Je me demande si mon âme peut aimer
Je la fais reposer dans le pyjama du cosmos…
Elle fera la pirouette d’un bateau ivre
Comme sur la grande mer Atlantique
Elle sera à l’affut contre la foutaise matérialiste
Là où se construit une cargaison du vide
Je pense que l’amour sera en vacataire
Au sortir d’un océan de plaisir à l’Occident
Mon âme nourrit l’envie du bonheur
Devant
Devant un cercueil de douleur imaginaire
Déhanchement de merde :
Une épée de Damoclès a percé l’amour folie !
(Extrait, p.29)
Biographie
James Francisque est né le 10 juin 1983, dans la commune de Torbeck, département du Sud d’Haïti. Il est journaliste, économiste de formation et militant écologique. Il a débuté sa scolarité à l’école Boisrond-Tonnerre et a poursuivi ses études secondaires au Collège Justin Lhérisson. Il occupe le poste de directeur adjoint de la programmation à Radio-Télé Caramel, où il présente l’émission « Konsyans Vèt » et co-anime « Lamatinal ». Comme auteur, il a publié six ouvrages : Manifès Kreyolis (essai), Kach kach liben (conte), Gouyad libète (poésie), Nan wout pou yon filozofi ayisyen (essai), Atlantid (poésie), Quête éperdue de l’amour (poésie). James Francisque travaille également dans l’administration publique, précisément à l’ONA. Sur le plan culturel, il est membre fondateur de Kalbas Ayiti, une organisation socio-culturelle active en Haïti.